Vis ma vie, avec Damien Folio, Directeur du Pôle MECS (Association Fekler)
Pouvez-vous présenter l’Association FEKLER ?
Fondée en 1936 à La Réunion, l’association FEKLER œuvre pour l’insertion sociale de publics en difficulté, notamment des enfants, adolescents et jeunes majeurs. Elle agit avec le soutien des pouvoirs publics pour offrir un accompagnement adapté aux besoins de chacun.
Afin de répondre efficacement à ses missions, FEKLER gère plusieurs structures éducatives aux modalités d’accueil diversifiées. L’association mobilise aujourd’hui 248 salariés engagés dans la prise en charge et l’accompagnement de ces publics au sein de ses établissements.
FEKLER a rejoint le Groupe SOS au printemps 2012.
Les Trois Pôles d’Activités de l’association FEKLER
Afin de répondre aux besoins spécifiques des publics accompagnés, l’association FEKLER structure ses actions autour de trois pôles d’activités :
1. Le Pôle MECS (Maisons d’Enfants à Caractère Social)
Ce pôle regroupe les établissements éducatifs habilités par l’Aide Sociale à l’Enfance et la Justice, destinés à l’accueil de mineurs et jeunes majeurs en difficulté :
- G.I.E.D. Félix Potier (Nord & Ouest de La Réunion)
- G.I.E.D. Fernand Sanglier (Sud de l’île)
Les modalités d’accueil incluent :
- Internats collectifs
- Appartements éducatifs
- Accueils de jour
2. Le Pôle Pénal
Ce pôle est dédié à la prise en charge de mineurs dans le cadre de mesures judiciaires, en lien avec la Protection Judiciaire de la Jeunesse (PJJ) :
- Centre Éducatif Renforcé (CER) – La Plaine-des-Cafres
- Centre Éducatif Fermé (CEF) – Sainte-Anne
- S.I.E.R.P. : Service d’ Investigations Éducatives & de Réparation Pénale
3. Le Pôle Social
Ce pôle vise l’insertion sociale et professionnelle de publics en situation de précarité, notamment par l’hébergement et l’activité économique :
- CHRS Le Logis (Saint-Pierre)
- CHRS Pierre Morange (Saint-Denis)
- Foyer de Jeunes Travailleurs (FJT) – Saint-Pierre
- Maison Relais Calixte – Saint-Denis
- Services IML (Inter Médiation Locative) Nord et Sud
- Service ALT/PE (Aide au Logement Temporaire / Placement Extérieur)
- Dispositif D.A.A.V.I.F (Auteurs de Violences Intra-Familiales)
- Service HEVA (Accueil de victimes de violences intrafamiliales)
- PASREL PLUS
- Ateliers Chantiers d’Insertion (ACI)
Focus : Le Pôle MECS
Le Pôle MECS regroupe deux établissements : le GIED Félix Potier et le GIED Fernand Sanglier, tous deux engagés dans la mission de protection de l’enfance sur le territoire de La Réunion.
Missions
Les établissements du Pôle MECS ont pour vocation d’accueillir, d’accompagner et de soutenir des jeunes confiés par l’Aide Sociale à l’Enfance (ASE) ou par décision judiciaire, mais également des jeunes relevant de la DTPJJ dans le cadre du CJPM. L’objectif est de leur offrir un cadre structurant, sécurisant et bienveillant, propice à leur développement personnel, social et éducatif.
Les missions principales incluent :
- La protection et la sécurisation du parcours du jeune ;
- L’accompagnement éducatif individualisé;
- Le soutien à la scolarité et à l’insertion ;
- Le travail autour du lien familial;
- La préparation à l’autonomie et à la vie adulte.
Le Pôle MECS accompagne des jeunes âgés de 12 à 21 ans, présentant des parcours souvent marqués par des ruptures, des situations de vulnérabilité, des troubles du comportement, ou des difficultés d’insertion scolaire et sociale.
Le Pôle est structuré en 9 services, répartis comme suit :
- 3 services d’accueil de jour, favorisant le maintien dans le milieu familial ou scolaire tout en proposant un accompagnement éducatif renforcé,
- 6 dispositifs d’internat, proposant des modalités d’accueil diversifiées :
- Unités de vie collectives, avec encadrement éducatif permanent,
- Appartements éducatifs, favorisant l’autonomie progressive des jeunes dans un cadre semi-indépendant.
Cette diversité permet d’adapter les réponses aux besoins spécifiques de chaque jeune, en tenant compte de son âge, de son niveau d’autonomie, de son projet de vie et de ses ressources personnelles. À ce jour, le Pôle MECS prend en charge 142 jeunes, répartis sur l’ensemble des services. L’accompagnement est assuré par des équipes pluridisciplinaires (éducateurs spécialisés, psychologues, maîtres de maison, infirmiers, etc.), en lien étroit avec les partenaires institutionnels et les familles.
2. Quelles sont les principales difficultés rencontrées par les jeunes ?
Santé mentale
- Présence fréquente de troubles du comportement, de l’humeur ou de l’attachement.
- Situations de traumatismes psychiques liés à des parcours de vie chaotiques (violences, négligences, ruptures affectives).
- Difficultés d’accès aux soins spécialisés, notamment en pédopsychiatrie.
- Risques d’isolement, de repli sur soi ou de passages à l’acte.
Déscolarisation et décrochage
- Parcours scolaires souvent discontinus, marqués par des exclusions ou des absences prolongées.
- Manque de repères et de motivation, faible estime de soi.
- Difficultés d’intégration dans les dispositifs classiques ou spécialisés.
- Nécessité de reconstruire un lien avec l’apprentissage et de favoriser des parcours adaptés.
Addictions & conduites à risque
- Consommation précoce de substances (alcool, cannabis, etc.).
- Pratiques à risque : fugues, mises en danger, comportements impulsifs.
- Besoin d’un accompagnement spécifique, en lien avec les structures de prévention et de soin.
Ruptures familiales
- Conflits familiaux, placements multiples, absence de figures stables.
- Difficultés à se projeter dans une relation de confiance avec l’adulte.
- Travail complexe autour du lien familial, parfois impossible ou contre-indiqué.
- Nécessité de recréer un cadre contenant et sécurisant.
Difficultés d’insertion sociale et professionnelle
- Manque de repères sociaux, faible autonomie.
- Difficultés à se projeter dans l’avenir, à construire un projet de vie.
- Besoin d’un accompagnement renforcé vers l’autonomie (appartements éducatifs, stages, formation…).
Ces problématiques exigent une approche pluridisciplinaire, individualisée et évolutive, mobilisant à la fois les compétences éducatives, cliniques, sociales et partenariales. Elles soulignent l’importance de dispositifs souples, réactifs et adaptés aux réalités du terrain.
3. Quelles sont les situations les plus complexes à gérer au quotidien ?
Les professionnels du Pôle MECS (GIED Félix Potier & GIED Fernand Sanglier) sont confrontés à des situations particulièrement sensibles et parfois éprouvantes, qui exigent une vigilance constante, une posture éducative ajustée et une coordination étroite entre les équipes.
Les tensions au sein des établissements
- Interactions difficiles entre jeunes ou avec les professionnels, pouvant prendre la forme de paroles blessantes ou de gestes inappropriés.
- Climat tendu dans certains groupes, en particulier en internat, où la vie collective peut générer des conflits.
- Comportements impulsifs ou imprévisibles, parfois à risque, qui nécessitent des protocoles adaptés pour prévenir et gérer les situations de crise.
Fugues et errance
- Fugues répétées ou prolongées, parfois avec mise en danger (exposition à des réseaux, consommation de substances, etc.).
- Gestion des retours de fugue : accueil, réévaluation du projet, sécurisation.
- Coordination avec les autorités (ASE, DTPJJ, Forces de l’ordre…) et les familles.
Isolement et repli
- Fugues répétées ou prolongées, parfois avec mise en danger (exposition à des réseaux, consommation de substances, etc.).
- Gestion des retours de fugue : accueil, réévaluation du projet, sécurisation.
- Coordination avec les autorités (ASE, DTPJJ, Forces de l’ordre…) et les familles.
Refus de soins ou de suivi
- Opposition à tout accompagnement psychologique ou médical.
- Déni des troubles ou absence de conscience des besoins.
- Complexité du travail partenarial avec les structures de soin (CMP, pédopsychiatrie, addictologie).
Troubles du comportement et instabilité émotionnelle
- Présence de troubles psychiques non stabilisés, parfois sans diagnostic formel.
- Crises émotionnelles, impulsivité, agressivité, auto-agressivité.
- Besoin d’un cadre contenant, mais souple, avec des professionnels formés à la régulation.
Difficultés liées à l’autonomie
- Jeunes en situation de contrat jeune majeur ou en appartement éducatif, mais en grande fragilité.
- Risques de rupture de parcours, d’isolement ou de précarité.
- Complexité du travail d’accompagnement vers l’insertion (emploi, logement, santé…).
Ces situations génèrent des points de tension concrets pour les professionnels, qui doivent conjuguer exigence éducative, posture bienveillante, gestion des risques et travail en réseau. Elles soulignent la nécessité de dispositifs de soutien (supervision, GAPP, coordination clinique) et d’une reconnaissance institutionnelle des réalités du terrain.
4.Travaillez-vous en lien avec des partenaires extérieurs ? Lesquels ?
Le Pôle MECS (GIED Félix Potier & GIED Fernand Sanglier) collabore étroitement avec de nombreux partenaires extérieurs tels que l’Aide Sociale à l’Enfance (ASE), l’Éducation nationale, les Centres Médico-Psychologiques (CMP), la Protection Judiciaire de la Jeunesse (PJJ), les structures de soins et d’insertion. À ces partenariats institutionnels s’ajoutent désormais de nouveaux acteurs comme le Centre Ressources Autisme (CRA) Réunion, l’Association Addiction France, ou encore les Plannings Familiaux, mobilisés dans le cadre de conventions spécifiques en réponse aux besoins repérés sur le terrain. Ces dynamiques partenariales renforcent la cohérence et la qualité de l’accompagnement proposé aux jeunes, en favorisant une approche globale, coordonnée et adaptée à la complexité des situations.
5. Quels besoins ou manques identifiez-vous pour améliorer l’accompagnement des jeunes ?
Des partenariats engagés, mais des besoins en forte croissance
Malgré l’implication constante des équipes et la diversité des dispositifs déjà opérationnels, les besoins sur le terrain continuent de croître. Les partenariats conventionnés avec des acteurs spécialisés tels que le CRA Réunion, Association Addiction France, les Plannings Familiaux ou encore l’EPSMR sont bien établis et fonctionnels. Toutefois, la multiplication des situations complexes met ces ressources sous tension.
On observe notamment un réel besoin de diversification de l’offre de soins, en particulier dans les domaines de la pédopsychiatrie, de l’addictologie et de l’accompagnement des troubles neurodéveloppementaux. Les délais d’accès aux structures spécialisées restent trop longs, ce qui entrave une prise en charge globale et réactive.
Les professionnels de terrain expriment également le besoin de :
- Renforcer les outils cliniques et éducatifs,
- Accéder à des formations ciblées,
- Disposer d’espaces de soutien pour faire face à la complexité croissante des situations.
Dans ce contexte, le renforcement des coopérations existantes et le déploiement de nouvelles synergies apparaissent comme des leviers essentiels pour répondre aux besoins spécifiques des jeunes accompagnés.