Vis ma vie, avec une Intervenante Sociale en Gendarmerie (ISG)
Propos introductif
Éducatrice spécialisée de formation, Mme S. possède un parcours professionnel riche et varié. Après plusieurs années dans le secteur social, elle exerce aujourd’hui comme Intervenante Sociale en Gendarmerie (ISG), un dispositif réunissant des agents du Conseil Départemental mis à disposition du ministère de l’Intérieur. Elle intervient sur les communes de Sainte-Marie, Sainte-Suzanne et Salazie.
1) Pouvez-vous présenter vos missions ?
La mission de l’Intervenant Social en Gendarmerie (ISG) est de créer un lien entre la réponse judiciaire et les acteurs du monde civil (associations, institutions régaliennes). L’objectif est d’assurer un accompagnement social cohérent et efficace pour les personnes confrontées à des violences intrafamiliales (VIF) ou à des difficultés liées à la cellule familiale.
Public accompagné
L’ISG intervient auprès :
- des victimes de violences intrafamiliales, majoritairement des femmes ;
- des enfants co‑victimes, lorsque l’environnement familial présente un risque ;
- des hommes victimes, bien que plus rarement ;
- des familles confrontées à des violences intergénérationnelles.
La protection de l’enfance occupe une place essentielle, notamment à travers la transmission d’Informations Préoccupantes (IP) lorsqu’un danger pour un mineur est identifié.
Objectifs de l’intervention
L’accompagnement vise à :
- soutenir la victime dans la continuité de son parcours de vie après les faits ;
- agir face à la misère sociale, économique ou administrative ;
- accompagner les situations de séparation (gestion des biens, conseils, démarches) ;
- mobiliser la protection de l’enfance en présence de mineurs exposés.
Identification et compréhension des violences intrafamiliales
Les situations de VIF sont complexes. Une victime réalise en moyenne sept allers‑retours avant de quitter définitivement son agresseur.
L’ISG s’appuie sur plusieurs analyses :
- dépendance relationnelle et mécanismes psychologiques;
- évolutions législatives en matière de protection ;
- contrôle coercitif, incluant la restriction des déplacements, le contrôle du quotidien et de la vie sociale — aujourd’hui reconnu par la jurisprudence comme un fait condamnable.
L’objectif est d’aider la victime à identifier ce contrôle et à prendre conscience de la situation de violence.
Déroulement de l’accompagnement
- Écoute de la victime : Prise en compte de l’évolution du discours (minimisation, exagération, mécanismes de protection).
- Traitement de l’urgence : Protection, mise à l’abri, activation du TGD (téléphone grave danger), orientation juridique (ex : ARAJUFA).
- Mobilisation des ressources internes : Intervention d’un psychologue de la gendarmerie en cas de fragilité.
- Orientation vers les services spécialisés : Services de traumatologie, CMP, CMPEA, associations, dispositifs sociaux.
La victime reste maîtresse de son parcours. On respecte sa temporalité.
L’ISG intervient également auprès des auteurs présumés pour :
comprendre leur place et rôle dans la dynamique familiale ;
analyser les schémas relationnels, qu’ils soient structurels, événementiels ou aggravés par l’alcool ou les stupéfiants ;
prévenir la réitération des violences.
L’accompagnement s’étend sur quelques jours à trois mois maximum,
selon les besoins (dossiers de protection, démarches administratives, montage de projet).
Formes de violences rencontrées
Toutes les formes de violences intrafamiliales sont observées :
- psychologiques ;
- physiques ;
- sexuelles ;
- économiques (ex. : gestion exclusive des finances par l’auteur);
- administratives (ex. : confiscation de papiers, impossibilité de démarches).
Modalités de repérage des victimes
Les victimes peuvent être identifiées :
- lors d’une intervention de gendarmerie (garde à vue du mis en cause, audition) ;
- lors d’un dépôt de plainte, qui conditionne ensuite l’orientation.
Des signalements peuvent également venir :
- de sages‑femmes, de la PMI ;
- de travailleurs sociaux,
- d’associations ;
- ou de dispositifs de prévention.
Certaines violences sont plus difficiles à détecter dans les milieux socio‑économiques favorisés, car elles sont souvent davantage dissimulées.
2) Quels sont les besoins des victimes les plus courants lors du premier contact ?
Principalement :
- être écoutées,
- être rassurées,
- se sentir moins seules,
- être sécurisées immédiatement,
- obtenir une solution d’hébergement si nécessaire (via le 115).
Les problématiques familiales persistent souvent dans le temps, notamment lorsque des terrains familiaux, financiers ou fonciers sont en jeu.
3) Comment travaillez-vous avec les structures externes ?
Nous coopérons avec de nombreux partenaires. Par exemple :
- ARAJUFA pour les aspects juridiques,
- La Protection de l’enfance du Conseil Départemental (réunions ITECH, CRIP PA/PH),
- UDAF pour la médiation familiale,
- Femme Solidaire, CEVIFF
- EPA (Ecoute moi, Protège moi)
- Association Père de cœur pour l’accompagnement des pères.
4) Quelles sont les difficultés majeures de l’accompagnement ?
Les plus grandes difficultés viennent :
- du contrôle coercitif omniprésent ;
- de certaines personnalités pathologiques (manipulation, perversité) ;
- des enjeux matériels (biens communs, finances) ;
- des problématiques administratives pour les femmes étrangères,
- des victimes qui deviennent « insaisissables » ;
- et du décalage entre les situations rencontrées et la réponse pénale.
Certaines victimes perdent confiance lorsque les décisions rendues ne leur semblent pas à la hauteur de ce qu’elles ont subi.
Découvrez ci‑dessous quelques indicateurs 2025, basés sur les chiffres fournis par Mme S pour le secteur Sainte‑Marie/Sainte‑Suzanne/Salazie :
- 387 familles suivies
- 81 mis en cause accompagnés
- 106 entretiens hors champ pénal (séparations, gardes d’enfant, conflits, alcool)